vendredi 17 février 2012

Molière (1622–1673)

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière.
À la suite d'une consultation, c'est l'histoire d'un comédien français qui vous sera racontée.

Le loustic commun, anonyme et générique, ne connaît pas grand chose sur la mort de Molière, survenue le 17 février 1673. Ceci dit, son voisin, un autre loustic tout aussi ordinaire, se lève fièrement et s'exclame : «Moi, je sais! Molière est mort sur scène durant sa dernière représentation du Malade imaginaire, qu'il joua de façon magistrale ce soir-là, étant lui-même passablement malade.»


Dans la salle, d'autres loustics murmurent : «Moi aussi, j'ai entendu dire qu'il était mort sur scène! Quel génie!

–Mais non, c'est une rumeur! Il est mort de vieil âge, bien plus tard.
–Il n'est pas mort, voyons... Molière possède un chalet à Sutton.
–Vous dites n'importe quoi. Il est tombé en bas de la scène...»

Devant son lutrin, l'orateur choisit ce moment de confusion pour briser le mythe : «Vous avez tous tort! Taisez-vous! Molière crachait effectivement comme une vieille tondeuse lors de la représentation du 17 février 1673, mais le public ne fut pas dupe : sa maladie n'avait manifestement rien de jouée, malgré qu'elle convenait à son rôle. Rentré à la maison, il fut pris d'une violente toux qui se termina dans une spectaculaire hémorragie interne. C'est donc étouffé dans son sang que Molière rendit l'âme après ce qui semble avoir été une tuberculose ou un cancer du poumon, ou encore simplement une pneumonie particulièrement agressive.»


Caché parmi les loustics, le sceptique se lève : «Très bien, mais où est enterré Molière?»


L'orateur se racle la gorge : «La réponse n'est pas si simple. Étant un comédien, il avait été excommunié — car c'était ainsi à l'époque — et sa mort assez subite tout juste après une représentation ne lui aurait pas donné le temps d'obtenir l'expiation de ses péchés. Conséquemment, il était impensable qu'il soit inhumé de façon religieuse. En revanche, l'Église aurait mal paru si elle avait contraint un homme d'une telle célébrité à être placé en terre profane. C'est Armande Béjart, la veuve, qui serait intervenue auprès du roi afin que celui-ci fasse pression sur l'archevêque, qui accepta finalement qu'on enterre le comédien au cimetière Saint-Joseph, sous la croix. Ce fut fait selon ces conditions : sans cérémonie officielle, et en pleine nuit.»


Le sceptique poursuit, s'étant approché : «Vraiment? Voyons la suite. La documentation indiquait que Jean de la Fontaine aurait été enterré exactement au même endroit, sous la croix, 22 ans plus tard. En 1732, on découvrit que Molière ne fut peut-être pas enterré sous la croix, mais un peu plus loin, près de la maison du chapelain. C'est ainsi qu'à la fermeture du cimetière, en 1792, on recueillit les restes qui se trouvaient à ces deux endroits pour les entreposer, successivement, dans la chapelle du cimetière, puis au musée des monuments français d'Alexandre Lenoir, puis finalement, au cimetière du Père Lachaise, à Paris.»


«Fascinant récit, ironisa l'orateur. Presque digne de l'épopée des os de René Descartes, qui seraient d'ailleurs également passés entre les mains de monsieur Lenoir dans son musée. Mais encore?»


«Jean de la Fontaine, avons-nous découvert, n'aurait pas été enterré au cimetière Saint-Joseph, mais au cimetière des Innocents. Alors... qui se trouvait sous la croix? Et qui se trouve aujourd'hui au Père Lachaise sous les pierres tombales de la Fontaine et de Molière?»


La question reste entière.


(Source plus ou moins solide : Histoire en ligne)

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