jeudi 2 août 2012

Aristide Aubert du Petit-Thouars (1760–1798)

Le Tonnant en ruine, poursuivant la bataille.
Quiconque a eu le plaisir de voir Monty Python and the Holy Grail se souvient assurément du chevalier noir, qui y affronte le roi Arthur lorsque celui-ci tente de traverser le petit pont que garde ce valeureux guerrier.

Cette scène absurde rappelle un peu la dernière bataille de l'illustre capitaine de vaisseau que fut Aristide Aubert du Petit-Thouars.


Le 19 mai 1798, une importante flotte de cinquante-cinq navires de guerre 
dirigée par Napoléon Bonaparte quitta la France à destination de l'Égypte. En bref, l'invasion projetée de ce pays du nord-est africain se voulait un geste d'intimidation envers le Royaume-Uni. Les Français parvinrent à éviter les navires anglais, qui les pourchassèrent à travers la mer Méditerranée, et accostèrent en Égypte au mois de juillet suivant. Installée à partir du 27 juillet dans la baie d'Aboukir, près d'Alexandrie, la flotte française adopta une position défensive jugée adéquate.

C'était sans compter sur la puissante Royal Navy, qui surprit les Français le premier août suivant. Les navires de guerre anglais, commandés par l'amiral Horatio Nelson, se divisèrent en deux groupes, à la surprise de leurs adversaires, de façon à se placer en position d'attaquer de bâbord comme de tribord. En quelques heures à peine, l'avant-garde de la flotte défensive capitula sous la force destructrice de l'assaut britannique. Le soir même, le vaisseau amiral français L'Orient, un magnifique trois-mâts pointant 118 canons en plus de 6 caronades, fut détruit par une violente explosion lorsqu'un incendie qui s'était déclaré à bord atteignit son dépôt de munitions.


Tout juste derrière L'Orient se trouvait le Tonnant, un autre superbe navire de 80 canons et de 6 caronades. À son bord, le capitaine Aristide Aubert du Petit-Thouars n'avait aucune intention de rendre les armes et continua d'ordonner qu'on bombarde l'ennemi sans relâche. La bataille lui coûta les deux jambes et un bras — ou deux bras et une jambe, ou les quatre membres, selon les sources. Le capitaine fut déposé dans une barrique de son placée sur le pont du Tonnant, et continua de lancer des ordres à son équipage jusqu'à sa mort. Il fit notamment jurer à ses troupes qu'elles n'amèneraient jamais leur pavillon — synonyme de se rendre à l'adversaire — et ordonna même qu'on cloue le pavillon tricolore au mât du bateau.


Après son décès, le capitaine fut jeté par dessus bord, tel qu'il en avait préalablement décidé.


Le Tonnant, esquinté par des heures de bombardement au point de n'être plus qu'une coquille en ruine, dériva tranquillement. L'amiral Nelson, une fois la victoire acquise, s'en empara et le ramena au Royaume-Uni, où il fut reconstruit et renommé HMS Tonnant.


Pour la petite histoire, ce serait à bord du HMS Tonnant, alors au service de l'Empire Britannique lors du siège de Baltimore, dans le cadre de la seconde guerre d'indépendance des États-Unis, que Francis Scott Key composa les paroles du Star Spangled Banner, qui devint plus tard l'hymne national américain.


Le dernier voyage du majestueux navire français, sous le commandement de l'amiral Lord Keith, eut lieu en 1815. L'escadre qu'il dirigeait était chargée de transporter Napoléon vers l'île Sainte-Hélène, où il demeura prisonnier des Anglais jusqu'à sa mort.

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